Carmen Herrera Norlove,

Mujeres en estudio, 2009

ISSN 1958-5136


   




Le genre est une construction sociale qui s’affirme en s’ancrant dans l’imaginaire collectif par le biais de discours, de pratiques et de représentations, qui sont autant de performances, selon la terminologie butlerienne. Longtemps, le corps et l’esprit des femmes ont été pensés, exposés, envisagés et régulés par les instances patriarcales. La remise en cause de cet ordre intériorisé est étroitement liée aux soubresauts de l’histoire contemporaine. Le besoin de (re)conquérir une identité propre s’est matérialisé, depuis la seconde moitié du XXe siècle, par la (ré)appropriation et l’élaboration d’objets culturels produits par des femmes.


Le numéro 8 de notre revue se propose de réfléchir aux implications et aux perspectives qu’offrent les études de genre à partir d’exemples puisés dans le répertoire de ces nouvelles icônes qui témoignent de l’expression d’une subjectivité autre. Le cinéma, la télévision, le vidéo-clip, la bande-annonce,… autant d’images qui réinvestissent l’espace et questionnent les fondements de l’identité individuelle et collective.


Lors de ce qui fut la première journée d’études consacrée à l’étude du Genre dans les cinémas d’Amérique Latine dans l’hispanisme français, organisée par Laurence Mullaly le 7 mai 2010 à Bordeaux, des chercheuses aguerries, de jeunes chercheurs ainsi que des doctorant.e.s ont proposé des contributions qui se sont enrichies par la suite, lors des séminaires organisés par le groupe de recherche intersites à Tours, Toulouse et Bordeaux en 2010 et 2011. C’est le fruit de ces travaux qui vous est proposé dans ce numéro 8.


Deux articles consacrés au cinéma argentin ouvrent le volume :


«XXY de Lucía Puenzo : La fabrique de nouveaux genres ? » de Laurence MULLALY, Maîtresse de conférences à l’Université Michel de Montaigne Bordeaux 3 / AMERIBER,  analyse la façon dont la réalisatrice argentine aborde la construction des identités en s’attachant à l’histoire d’un(e) adolescente hermaphrodite. La problématique du film est envisagée à partir de la lecture de l’ouvrage de Marie-Joseph Bertini, Ni d’Eve ni d’Adam, Défaire la différence des sexes, publié en 2009.


L’article « Género y  "performance" en las escenas de lectura de El último verano de la Boyita (2009) de Julia Solomonoff » d’Irma VELEZ, Maître de conférences à l’IUFM Paris-La Sorbonne / CRIMIC, démontre que la scène de lecture dans le cinéma argentin est empreinte de connotations sociales et culturelles cruciales pour comprendre comment les comportements genrés se sont édifiés et pour quels types de performance. Son analyse de la nature et des fonctions des scènes de lectures dans El último verano de la Boyita, prête une attention toute particulière au genre en tant qu’idéologie véhiculée par la lecture et la psychanalyse.


Pour sa deuxième contribution à ce volume, intitulée « Matricidio y ob-scenidad en la (est)ética de Claudia Llosa », Irma VELEZ s’est intéressée au film péruvien : Fausta, la teta asustada. Contre la non-visibilité des crimes de guerre obscènes et le mis hors-scène des femmes qui en sont victimes, le dernier film de Claudia Llosa propose un (esth)étique visuelle du dépassement de l’ob-scénité. Cet essai suggère donc une analyse  filmique de l’invitation à exercer un regard participatif des « hors-scènes » contre l’obscénité du viol en tant que crime de guerre, tout en œuvrant avec humour pour déconstruire les normes genrées en matière comportementale



Sergio COTO-RIVEL, doctorant AMERIBER, propose d’étudier les caractéristiques de la construction/affirmation de la masculinité présents dans le film Y tu mamá también du réalisateur mexicain Alfonso Cuarón à partir de l’analyse des discours traditionnels du « macho » chez les personnages principaux. « El cuerpo masculino adolescente y el límite de la transgresión en Y tu mamá también del cineasta mejicano Alfonso Cuarón » traite du rapprochement des représentations idéalisées de l’espace masculin en tant que discours officiel et en même temps le questionnement de ces représentations à travers l’érotisation des corps et la découverte de nouveaux désirs.


Avec «’Déborah est ton père!’: la représentation du travesti dans la telenovela », Clémence STREDEL, doctorante IRIEC, aborde le produit audiovisuel le plus populaire d'Amérique Latine. Lieu de stéréotypie s'il en est, les productions de la culture de masse apparaissent comme un espace à conquérir. Articulées par les rebondissements et les révélations identitaires, certaines abordent depuis peu la question du genre.


« Les bandes-annonces de Bordertown : trois moyens d’appropriation d’un espace symbolique genré ? » de Gabriela Constanza RODRIGUEZ, jeune docteure de l’IRIEC, est une étude comparée des bandes-annonces en langue française, espagnole et américaine du film Bordertown, qui met en scène une rescapée des féminicides, dans le but de mettre en évidence les stratégies d’appropriation de l’espace iconique genré par une héroïne féminine.


Monique CARCAUD-MACAIRE, Maître de conférences, Université Montpellier 3, analyse la mise en œuvre de l'hégémonie de représentations masculinisantes dans un cinéma « au féminin ». Sa contribution est proposée sous la forme de la vidéo enregistrée lors de la journée d’études.


La prochaine étape de cette reflexion consacrée au Genre dans les cinémas d’Amérique Latine est le colloque international De cierta manera : cuando las cineastas latinoamericanas reconfiguran las normas de género, organisé par Michèle Soriano et Laurence Mullaly en mars 2012 à Toulouse.



Laurence Mullaly