Parmi les femmes qui ont fait l’histoire des mondes hispanique et hispano-américain, il en est dont les noms figurent dans les grandes pages écrites par les hommes, depuis les chroniqueurs espagnols jusqu’à nos jours, et il en est beaucoup d’autres – la grande majorité – qui sont restées dans l’anonymat. Mais combien de femmes ont pris la parole et combien parmi elles sont auteures de leurs propres histoires ? Qui, parmi tant de femmes dont la vie et les faits sont racontés par les grands historiens, a signé une seule page de l’Histoire que l’on lit dans les manuels scolaires ? Et d’ailleurs, pourquoi les femmes voudraient-elles écrire l’Histoire ? À l’instar des penseurs de la postmodernité, les féministes soutiennent que l’Histoire est morte, du moins telle qu’elle était sous-tendue par les fictions de l’Homme et du Progrès, telle que, depuis les Lumières, elle a toujours supposé un récit univoque et homogène. Le sujet de la tradition intellectuelle occidentale a toujours été le chef de famille blanc, propriétaire, chrétien et mâle, et l’Histoire, telle qu’elle a été enregistrée et racontée jusqu’à présent, a toujours été son histoire. La fragmentation, l’hétérogénéité et surtout le rythme variable des différentes temporalités, telles que d’autres groupes peuvent les vivre, ont par conséquent été occultés. Jusqu’à très récemment les femmes n’avaient pas leur propre histoire, leur propre récit avec des catégories de périodisation et des régularités structurelles qui leur appartiennent (Benhabib, 1995). Les féministes déconstruisent la grande Histoire en y introduisant la catégorie du genre, essayant par là de relativiser les valeurs et les données interprétées pendant longtemps comme étant « naturelles » et « absolues ».


            À partir de ces positions, notre réflexion se porte ici essentiellement sur deux axes :


    – les femmes et leurs rapports à l’Histoire : femmes célèbres, révolutionnaires, féministes, auteures dont les vies figurent dans l’Histoire écrite par les hommes (contributions de Almudena Delgado et Marie-Aline Barrachina) ; femmes qui, amenées à écrire elles-mêmes des pages de l’Histoire, l’ont fait en suivant les préceptes de la morale patriarcale ou ont échoué dans leurs projets réformateurs (A. delgado, Jean-Louis guereña) ; personnages féminins stéréotypés, réels ou fictifs (Patricia mauclair);


    – les femmes et la déconstruction de l’Histoire : écrivaines qui par leur discours et leurs œuvres proposent une autre vision et un autre récit de l’Histoire ; femmes qui font leur propre histoire ; femmes qui racontent des histoires (articles de M. enriquez, et M. zapata).


        En annexe à ce numéro, on trouvera le récit de la rencontre entre Victoria Ocampo, l’une des figures féminines qui ont marqué le XXe siècle en Amérique Latine, et l’actrice française Marguerite Moreno (texte de Graciela Conte-Stirling) et des extraits de l’entrevue réalisée par Maya Desmarais auprès d’Angélica Gorodischer, écrivaine argentine, connue, entre autres, pour sa lutte en faveur des droits des femmes (document audio-visuel).


                                                  

                                                         Mónica Zapata

ISSN 1958-5136