EXPRESSION ET RÉPRESSION DU DÉSIR HOMOSEXUEL DANS L’AMÉRIQUE RURALE (BORGES, GUIMARÃES ROSA, SAVAGE, PROULX)
Nicolas BALUTET
Université Jean Moulin - Lyon 3
Pour Franck, Francis et François
Il faut donc absolument qu’un tel homme [coupé de sa moitié masculine] devienne amant ou ami des hommes, parce qu’il s’attache toujours à ce qui lui ressemble. Quand donc un homme […] rencontre celui-là même qui est sa moitié, c’est un prodige que les transports de tendresse, de confiance et d’amour dont ils sont saisis ; ils ne voudraient plus se séparer, ne fût-ce qu’un instant. (PLATON, 1991 : 51)
L’autre, c’est mon (propre) inconscient. (KRISTEVA, 1988)
Introduction
L’année 2006 aura vu, dans le domaine cinématographique, le triomphe du film d’Ang Lee, Le secret de Brokeback Mountain. Succès mérité à mon sens, ce film, couronné à la fois par plusieurs prix prestigieux et l’adhésion d’un public fort large, a souvent été qualifié de premier « western gay » de l’histoire du cinéma [1]. S’il est vrai que ce raccourci journalistique n’est pas totalement faux, l’homosexualité ou, tout du moins, l’homoérotisme, n’est pas pour autant absent de westerns antérieurs [2]. Mon but n’est pas de proposer ici une exégèse du film mais plutôt de revenir à ce qui en constitue le fondement, c’est-à-dire la nouvelle presque éponyme d’Annie Proulx, « Brokeback Mountain », publiée tout d’abord dans la revue The New Yorker en octobre 1997 avant d’intégrer le recueil Close Range : Wyoming Stories (1999), traduit en français dès 2001 sous le titre Les Pieds dans la boue, et rééditée comme nouvelle indépendante en 2006 par Grasset à l’occasion de la sortie du film.
À l’instar de ce dernier, la nouvelle d’Annie Proulx n’est pas le premier récit littéraire à nous conter l’amour entre deux jeunes gens de la campagne même si, dans le cas présent, la relation entre les deux protagonistes, Ennis del Mar et Jack Twist, passent le cap du seul désir pour atteindre sa concrétisation physique et sentimentale. Les scènes de sexe y sont décrites de manière particulièrement crue et réaliste [3]. Trente ans avant la nouvelle d’Annie Proulx, en 1966 précisément, l’auteur argentin Jorge Luis Borges écrit une nouvelle, « L’intruse » (« La intrusa »), publiée tout d’abord dans la troisième édition de El Aleph (1966) et incluse plus tard dans le recueil, El informe de Brodie (1970). Il y est question de gauchos argentins, deux frères qui, à la fin du XIXe siècle, voient leur vie bouleversée par l’arrivée d’une jeune femme, Juliana Burgos, dont la présence va mettre en lumière les sentiments particuliers qu’éprouvent les deux frères l’un envers l’autre. Si le désir homosexuel dans le récit borgésien prend un chemin pour le moins sinueux et voilé, peut-être en raison de la « panique homosexuelle » [4] que Daniel Balderston croit déceler en Borges, deux autres récits américains, des romans cette fois, abordent cette thématique de manière bien moins biaisée (BALDERSTON, 1995 : 35). Il s’agit de Grande Sertão : Veredas de l’auteur brésilien João Guimarães Rosa, publié en 1956 et traduit en français sous le titre de Diadorim, du nom d’un des personnages, et de The power of the Dog (Le pouvoir du chien) du nord-américain Thomas Savage, un roman publié en 1967.
Les deux nouvelles précédentes et ces deux romans constituent, à ma connaissance, les seuls récits littéraires abordant la thématique homosexuelle chez des personnages vivant dans l’Amérique rurale. Diadorim, un des textes majeurs de la littérature brésilienne, se présente comme un très long et parfois interminable monologue grâce auquel Riobaldo, un vieux fazendeiro, conte sa jeunesse de jagunço, c’est-à-dire une sorte de mercenaire, à un visiteur qui enquête sur le monde du sertão, ces terres du nordeste brésilien. Le pouvoir du chien, quant à lui, s’attache au personnage de Phil Burbank, un riche propriétaire terrien quadragénaire qui vit avec son frère George, de deux ans son cadet, dans leur ferme du Montana. Tout semble aller très bien dans la vie réglée des deux frères jusqu’au jour où, comme dans « L’intruse », George épouse une femme, Rose Gordon, qui a perdu son premier mari. Phil ne supporte pas cette femme d’autant qu’elle amène avec elle son fils adolescent, Peter, qui a tout du sissy boy, c’est-à-dire du garçon efféminé dans les poses, les gestes et les intonations de la voix. Le machiavélisme de Phil, bien décidé à se débarrasser de Rose, se heurtera à celui, encore plus pervers, du jeune Peter qui sait déceler les secrets enfouis au plus profond de soi.
Différence et norme
Tous les personnages que je viens d’esquisser sont présentés comme étant différents du reste des gens. Leurs origines sont, par exemple, obscures. C’est le cas des frères dans « L’intruse » dont le nom de famille lui-même – Nelson ou Nilsen – est incertain. On ne sait pas d’où ils proviennent [5] cependant que leur aspect physique – leur stature imposante et leur crinière rousse tels des Vikings [6] – les différencie des gens des environs [7]. Le secret de leurs origines est d’ailleurs, selon le narrateur, une des clés de compréhension du lien très fort qui les unit [8]. Le protagoniste de Diadorim, Riobaldo, est lui aussi de « naissance obscure » (GUIMARÃES ROSA, 1991 : 56) [9] et cette donnée se retrouve au point de vue onomastique. Un rio baldo en portugais n’est-ce pas un fleuve qui ne s’arrête jamais et qui ne débouche sur rien, dont on ignore pratiquement les origines ? Aussi n’est-il pas étonnant que Riobaldo pense être né différent comme il l’affirme lui même (GUIMARÃES ROSA, 1991 : 29) [10].
Quand les personnages connaissent leurs origines – c’est le cas dans Brokeback Mountain et dans Le pouvoir du chien – les relations qu’ils entretiennent avec leur famille et leur père en particulier sont très ténues. Phil Burbank semble ainsi ne rien partager des idéaux de vie de ses parents qu’il appelle toujours avec détachement et froideur « Le Vieux Monsieur » et « La Vieille Dame » [11]. Ceux-ci, lassés du style de vie campagnard et regrettant la vie sur la côte est sont partis depuis bien longtemps s’installer à Salt Lake City. De son côté, Ennis del Mar a perdu ses parents adolescent dans un accident de voiture qui a scellé son destin. Sans le sou, il fut, à terme, obligé de quitter l’école avant d’obtenir son baccalauréat qui aurait pu le mener à une vie bien différente [12]. Par ailleurs, son père apparaît comme un personnage particulièrement violent, soupçonné d’avoir torturé puis tué un vieil homosexuel, un être dont la violence a pour toujours marqué Ennis [13]. La même distance familiale se retrouve dans la relation que Jack entretient avec son père. Alors que Jack était « fou de rodéo » (PROULX, 2006 : 15) [14] et que « son père avait été un bullrider connu dans le temps », celui-ci « gardait ses secrets pour lui » et « ne lui avait jamais donné aucun conseil, n’était pas venu une seule fois voir Jack monter » (PROULX, 2006 : 23) [15]. Le peu de tristesse apparente que le père manifeste à la mort de Jack semble confirmer le désintérêt qu’il ressentait pour son fils ou, du moins, son incapacité presque pathologique à exprimer des marques d’affection.
La palme de la différence revient au jeune Peter dans Le pouvoir du chien. Sa chevelure blonde (SAVAGE, 2001 : 45 ; SAVAGE, 2002 : 64), la finesse de son corps (SAVAGE, 2001 : 165 ; SAVAGE, 2002 : 207), ses mains superbes (SAVAGE, 2001 : 46 ; SAVAGE, 2002 : 63), son goût prononcé pour les fleurs, son zozotement (SAVAGE, 2001 : 60 ; SAVAGE, 2002 : 80) et son « déhanchement féminin » (SAVAGE, 2002 : 281) [16] en font le souffre-douleur de l’école (SAVAGE, 2001 : 33 ; SAVAGE, 2002 : 48) et la victime de quolibets et du « genre de sifflet que les hommes réservent aux filles » (SAVAGE, 2002 : 281) [17]. Le personnage de Diadorim est lui aussi souvent présenté comme efféminé [18] – et pour cause, on apprendra dans les dernières lignes du roman qu’il s’agit en fait d’une femme de son vrai nom Maria Deodorina da Fé Bettancourt Martins [19] – mais, contrairement à Peter, il ne semble pas que cela pose un quelconque problème dans la mesure où, par ailleurs, il est particulièrement courageux et sait se défendre et manier la dague les rares fois où son aspect est l’objet de plaisanteries [20]. Sa féminité semble d’ailleurs principalement attribuable à sa jeunesse.
Peter et, dans une bien moindre mesure Diadorim, manifestent une différence qui va à l’encontre de la norme régissant l’être et les relations entre hommes dans l’Amérique rurale que ce soit sur les rives du Río de la Plata ou les arêtes escarpées des Rocheuses. Dans ces campagnes américaines, à l’heure des récits étudiés, vivent principalement deux sortes d’hommes : les fermiers, vachers, bergers, etc., c’est-à-dire ceux qui s’occupent d’une exploitation, et les mercenaires et guerriers de grands chemins, quand ces deux fonctions ne sont pas tout simplement interchangeables comme c’est le cas, par exemple, chez les jagunços brésiliens, voire chez les gauchos. Quoi qu’il en soit, ces deux types d’hommes partagent une même conception de la masculinité.
De nombreuses études publiées ces vingt dernières années ont montré combien l’identité masculine n’est pas quelque chose d’inné ou de naturel mais qu’elle est, au contraire, le résultat d’un « moule dans lequel l’ensemble des hommes doit se couler » (GENTAZ, 1994 : 198). Parlant de la transmission à l’enfant du principe de l’humanité, Aristote disait que « c’est l’homme qui engendre l’homme » (BADINTER, 1992 : 107). Ces propos sont aisément transposables à la formation du genre masculin. C’est l’environnement qui, sous couvert de détermination d’ordre biologique, oblige les individus de sexe masculin à adopter des comportements précis (DORAIS, 1991 ; LINTON, 1977). Il semble que ceux-ci soient définis « par antagonisme » pour reprendre l’expression de Daniel Borillo (2000 : 84-85) : l’homme étant l’opposé de la femme et l’hétérosexuel de l’homosexuel, la masculinité passerait par le rejet de la féminisation et de l’homosexualité. L’homme non féminin doit donc s’adonner aux activités desquelles les femmes ont été, dans nos sociétés patriarcales, savamment mises à l’écart : la guerre, les travaux physiques, le sport, tout ce qui peut conformer l’image d’un être dur et puissant. On ne s’étonnera pas dans un tel contexte que, par exemple, dans l’Amérique du début du XXe siècle, face aux discours féministes qui les terrorisent, les hommes nord-américains, avec à leur tête le président Roosevelt, se soient lancés dans un vaste programme visant à développer le modèle de « l’homme suprêmement viril » à travers notamment le scoutisme et les sports collectifs, une entreprise qui fit florès (BADINTER, 1992 : 140-142). Souvent assimilé à la femme, l’homosexuel enfreint les caractères supposément masculins et il n’est donc pas étonnant que l’homophobie soit aussi un élément constitutif de l’identité masculine (BORILLO, 2000 : 84).
Mis à part le jeune Peter du Pouvoir du chien, tous les autres personnages ont bien intégré les attentes liées à leur genre, une attente d’autant plus forte que, dans l’imaginaire collectif, les vachers constituent l’une des incarnations topiques de cet idéal viril. Riobaldo et Diadorim, de par leur « métier », savent manier les armes. La vie d’un jagunço ne consiste-t-elle pas d’ailleurs à « guerroyer » (GUIMARÃES ROSA, 1991 : 71) [21] ? Riobaldo ne se voit-il pas comme « une créature rétribuée pour des crimes, quelqu’un qui va semant la souffrance dans le paisible village d’autres personnes, qui spolie, massacre » ? (GUIMARÃES ROSA, 1991 : 239) [22]. De leurs côtés, les gauchos présents dans « L’intruse » ne sont-ils pas perçus de manière stéréotypée comme des gens durs, taciturnes, courageux et violents ? La bourgeoise urbaine du XIXe siècle ne les percevait-elle pas comme des sauvages dangereux ? Dans Brokeback Mountain, Jack incarne une des images mythiques du cow-boy, celle du bullrider cependant que Phil Burbank dépasse même les exigences requises aux hommes tels que lui :
Tout le monde portait des gants pour prendre le bétail au lasso, poser les piquets de clôture, marquer les bêtes au fer ou leur lancer du foin, et même tout simplement pour monter et faire courir les chevaux ou conduire les troupeaux. Tout le monde, sauf Phil. Il était au-dessus des ampoules, des coupures et des échardes, et il méprisait ceux qui se protégeaient avec des gants. Il avait les mains sèches, puissantes et maigres. (SAVAGE, 2002 : 12) [23]
Cette exigence normative est si puissante que la transgresser, c’est se condamner irrémédiablement. Il suffit de rappeler, dans Brokeback Mountain, la mort du vieux Earl, ou même peut-être – le doute est permis – celle de Jack lui-même [24]. Jack et Ennis ont beau essayer de trouver une solution, ils n’en voient pas, du moins la proposition de Jack de retaper le ranch de ses parents et de s’y installer en compagnie d’Ennis avec « un petit élevage avec des vaches et des veaux, [d]es chevaux », où ils « se la coulerai[en]t douce » (PROULX, 2006 : 50-51) [25] n’emporte pas l’adhésion d’Ennis, marqué à jamais par le souvenir du sexe arraché du vieux Earl (PROULX, 2006 : 51-53). « Quand on ne peut rien y faire il faut vivre avec » lance Ennis à la fin de la nouvelle (PROULX, 2006 : 93) [26]. Quelle triste et amère conclusion ! Néanmoins, quand bien même leurs rencontres amoureuses fussent-elles sporadiques et, au final, décevantes, Jack et Ennis sont, au moins, les seuls personnages qui parviennent à assouvir leurs désirs et leur amour. Ce n’est pas le cas des personnages des autres récits qui s’enferment dans des solutions de substitution. Dans les différents récits étudiés ici, ces « solutions » sont de trois types : l’amitié dans le cas de Riobaldo, le renoncement pur et simple de l’homosexualité qui est refoulée (c’est la solution choisie par Phil Burbank dans Le pouvoir du chien) et le truchement féminin, c’est-à-dire l’utilisation de la femme comme moyen d’accéder à l’homme chez les personnages de Borges.
L’amitié
Dans Diadorim, Riobaldo et Diadorim sont unis par des relations privilégiées que Riobaldo définit à de nombreuses reprises comme relevant de l’amitié. D’ailleurs, comme le remarque le jeune jagunço, leur nom respectifs, proches phonétiquement [27], n’est autre qu’une preuve du lien qui les unit. Les vocables « ami(s) », « amitié », « amical » fleurissent ainsi tout au long du discours de Riobaldo. Bien que, par ailleurs, il affirme clairement aimer d’amour Diadorim, qu’il dit qu’il est la « personne de [s]a vie » (GUIMARÃES ROSA, 1991 : 41) [28] dont il languit quand il n’est pas là, à qui il pense tout le temps, dont la beauté ne cesse de l’émerveiller et bien que, par deux fois, il susurre le nom de Diadorim associé à un tendre « mon amour… » (GUIMARÃES ROSA, 1991 : 308/615) [29] et en vient même à voir leur relation comme « un couple d’hommes » (GUIMARÃES ROSA, 1991 : 549) [30], Riobaldo finit toujours par éliminer cette idée en la réduisant à de la simple amitié. Du point de vue stylistique, l’usage de l’adversative « mais » est à cet égard un trait marquant de l’écriture du roman.
Dans ce groupe d’hommes que constituent les jagunços, l’amour est exclu mais l’amitié, une solution euphémisée de l’amour, y reste acceptable et se trouve même encouragée dans la mesure où elle permet de mieux affronter les rigueurs des combats et la vie éprouvante des grands chemins (DULAC, 2003). On sait cependant depuis Freud que l’amitié masculine a pour origine la sublimation du désir homosexuel (BADINTER, 1992 : 177). Quoi qu’il en soit l’amitié n’est pas perçue comme telle et peut même être la force qui permet aux hommes de se transcender lors des combats et d’atteindre les meilleurs résultats. On se souviendra des chansons de geste françaises comme La Chanson de Roland ou bien Ami et Amile (REVOL, 2001) qui valorisent ce type d’amitié dans un contexte guerrier. Ceci étant, si l’amitié est valorisée, elle ne doit pas tomber dans une trop grande intimité sous peine de relever de l’homosexualité. N’est-ce pas ainsi qu’est perçue par le jeune mulâtre la relation entre Riobaldo et Diadorim [31] ? La peur de l’homosexualité ou d’être traité d’homosexuel freinerait d’ailleurs chez les hommes le développement de l’intimité amicale (DULAC, 2003). Dans son étude Just Friends : The Role of Friendship in our Lives, Lilian Rubin (1985 : 103) montre que l’association amitié-homosexualité est courante chez les hommes alors que chez les femmes la tradition d’intimité permet de séparer l’affect et l’intime de la sexualité. Il y a là chez les hommes, plus que chez les femmes, semble-t-il, une pensée homophobe importante. Christophe Gentaz et d’autres ont montré que le dénigrement et la haine que constitue l’homophobie naissent d’une angoisse profonde, « de la peur de l’autre en soi c’est-à-dire de cette femme qui sommeille en chaque homme, de cet homme qui dort en chaque femme, de cet homosexuel-le qui, sait-on jamais, n’attend peut-être en nous que de s’éveiller ? » Il poursuit : « la rencontre personnelle avec l’homosexuel ou l’homosexualité va […] créer une situation angoissante, provoquer le retour d’un refoulé, en donnant à l’autre, le semblable différent, le nom d’étrange ou d’étranger à ses propres pratiques. Sa reviviscence en présence de l’homosexualité, ou de ce qui lui est associé, entraîne des modifications dans notre appareil psychique et, par voie de conséquence, des réaménagements ou des conduites de type phobique : évitement, rejet, ou agression ». (GENTAZ, 1994 : 200-201)
Il semble que Riobaldo ait du mal à évacuer la trop grande part d’intimité dans sa relation avec Diadorim. Il le reconnaît lui-même : « je me rendis compte que j’aimais Diadorim – d’un amour qui est l’amour même, mal déguisé en amitié » (GUIMARÃES ROSA, 1991 : 307) [32]. Riobaldo ne supporte pas, par ailleurs, que d’autres compagnons d’armes s’intéressent de trop près à Diadorim et il se montre même jaloux d’un ami qu’eut jadis Diadorim, un certain Leopoldo (GUIMARÃES ROSA, 1968 : 133-141 ; GUIMARÃES ROSA, 1991 : 190-200).
Mais c’est surtout à travers l’étude de son comportement corporel que transparaît le trop plein d’intimité de Riobaldo envers Diadorim. Ils sont, tout d’abord, toujours ensemble, au point que, quand ils sont éloignés, Riobaldo n’a de hâte que de retourner auprès de Diadorim (GUIMARÃES ROSA, 1968 : 58 ; GUIMARÃES ROSA, 1991 : 88-89). En cela, ce comportement est très différent de celui des autres jagunços dont il est dit qu’ils ne sont « guère féru[s] de conversation prolongée ni d’étroites amitiés : d’ordinaire, ils s’associent et se dissocient au hasard, mais ils vont chacun pour soi » (GUIMARÃES ROSA, 1991 : 43) [33]. Riobaldo se sent différent des autres : « La vérité c’est que j’étais beaucoup avec Diadorim, il y avait nous deux, il y avait les autres » (GUIMARÃES ROSA, 1991 : 338) [34]. Ce rapprochement physique se traduit par de multiples étreintes qui restent viriles mais il leur arrive de se prendre par la main ce qui, pour les codes masculins, l’est beaucoup moins. Toujours est-il que ces brefs moments d’intimité corporelle sont vécus par Riobaldo comme des moments d’extase et de bonheur intense [35]. Finalement, Riobaldo ne rêve que d’une chose : d’embrasser Diadorim (GUIMARÃES ROSA, 1968 : 151 ; GUIMARÃES ROSA, 1991 : 215), c’est-à-dire d’accentuer son rapprochement physique. Cet amour, plus que de l’amitié, tourne parfois au fétichisme tant l’objet désiré est présent mais, en même temps, éloigné et inaccessible.
Et chez moi sans arrêt, l’envie d’être tout proche, une obsession quasiment de sentir l’odeur de son corps, de ses bras (GUIMARÃES ROSA, 1991 : 164) [36]
Soudain, j’éprouvai le besoin de faire quelque chose. Et je le fis : j’allai, je m’allongeai sur cette peau de mouton, la couche que Diadorim avait marquée dans l’herbe, mon visage à l’endroit où avait reposé le sien. […] Je dus lutter pour ne pas faire uniquement que penser à Diadorim. (GUIMARÃES ROSA, 1991 : 193) [37]
Je mourais d’envie de boire et de manger ses restes. Je voulais poser la main sur ce que sa main avait touché. (GUIMARÃES ROSA, 1991 : 334) [38]
Le refoulement de l’homosexualité
Si Riobaldo refoule ses sentiments homosexuels malgré l’amour qu’il ressent c’est parce que la société dans laquelle il vit, influencée par l’Eglise (FELLOWS, 1996 : 17-18), condamne les relations entre hommes : il emploie les termes d’ « occulte amour pervers » (GUIMARÃES ROSA, 1991 : 98) [39], de « vices aberrants » (GUIMARÃES ROSA, 1991 : 163) [40], d’aimer « d’une façon condamnée » (GUIMARÃES ROSA, 1991 : 110) [41] et il se demande si ce n’est pas l’œuvre du démon, preuve de l’influence de la religion : « un tel amour peut venir du démon ? Il pourrait ! » (GUIMARÃES ROSA, 1991 : 156) [42]; « l’amour pouvait venir sur l’ordre du démon ? » (GUIMARÃES ROSA, 1991 : 156) [43] ; « comme un maléfice ? » (GUIMARÃES ROSA, 1991 : 164) [44]. Il en tire donc la conclusion qu’il lui faut « envers Diadorim, conserver une certaine répugnance » (GUIMARÃES ROSA, 1991 : 333) [45]. Malgré le refoulement, il trouve en l’amitié une solution de substitution.
Le refoulement de l’homosexualité est une caractéristique qui revient constamment dans les récits étudiés ici même dans le cas de Brokeback Mountain où les deux protagonistes parviennent pourtant à entretenir une relation. Jack et Ennis disent qu’ils ne sont pas « pédés » [46] parce qu’ils ne se reconnaissent pas dans l’image que la société véhicule des homosexuels. C’est cette image caricaturale d’un homme féminin et maniéré qui fait que Phil Burbank, de son côté, en vient à une extrême homophobie qui, dans son cas, n’est rien autre qu’un mécanisme de défense psychique, une stratégie pour éviter la reconnaissance d’une part inacceptable de soi (BADINTER, 1992 : 176 ; BORILLO, 2000 : 95 ; DULAC, 2003 ; GENTAZ, 1994 : 200). On comprend mieux dès lors le comportement du personnage. Il refuse de boire de l’alcool pour éviter justement, dans un excès éthylique, de révéler son moi intérieur [47]. Il prend un malin plaisir à dénigrer le jeune Peter qui est l’image même de ce à quoi il ne veut pas ressembler : il le traite, à de multiples occasions, de « chochotte » (« Sissy boy »), l’appelle « Mademoiselle Mignonnette » (SAVAGE, 2002 : 212) [48] ou le « petit marquis de Falbalas » (SAVAGE, 2002 : 279) [49], le considère comme un « monstre qui n’[est] ni garçon ni fille » (SAVAGE, 2002 : 280) [50]. Phil Burbank fait tout pour se démarquer de cette image qui le hante. Il cultive jusqu’à un degré pathologique le contraire de la « chochotte » : il sent mauvais, il est sale, ses mains sont calleuses, il parle mal et s’adonne à toutes les activités viriles. Et que dire de cette magnifique scène de castration qui ouvre le roman ? Ne peut-on pas déceler dans ce plaisir sadique une attitude autodestructrice de notre héros ? :
C’était toujours Phil qui se chargeait de la castration. D’abord, il découpait l’enveloppe externe du scrotum et la jetait de côté ; ensuite, il forçait un testicule vers le bas, puis l’autre, fendait la membrane couleur arc-en-ciel qui les entourait, les arrachait et les lançait dans le feu où rougeoyaient les fers à marquer. Etonnamment, il y avait peu de sang. Au bout de quelques instants, les testicules explosaient comme d’énormes grains de pop-corn. (SAVAGE, 2002 : 11) [51]
Le truchement féminin
La dernière attitude qui transparaît chez les personnages étudiés correspond à l’utilisation de la femme dans un dessein d’assouvir leurs pulsions homosexuelles ne serait-ce que par l’imagination. Cette attitude se manifeste particulièrement dans le récit borgésien mais on la retrouve aussi dans Brokeback Mountain à travers l’habitude d’Ennis de sodomiser sa femme Alma Beers [52]. De son côté, Riobaldo ne semble pas être dans ce cas-là. Il aime les femmes pour ce qu’elles sont (Norinha, Otacília, Rose’uarda, Myosotis) et aussi… un homme, peut-être d’un amour plus profond encore, mais ce n’est pas pour autant qu’il recherche dans la femme un être de substitution. Seul Phil Burbank n’a aucun contact avec les femmes, faisant preuve, bien au contraire, d’une misogynie qui tourne au dégoût : il parle de « l’odeur déplaisante des femmes, et ni le plat à barbe du Vieux Monsieur ni ses rasoirs à main n’avaient de pouvoir fumigène suffisant pour la chasser » (SAVAGE, 2002 : 130) [53] et il compare les jeunes filles à « des vaches de concours agricole » (SAVAGE, 2002 : 133) [54].
Dans la nouvelle de Borges, la femme est utilisée comme un moyen pour un homme d’entrer en contact avec un autre homme. La réflexion de René Girard (1999) sur le triangle du désir mimétique est, à cet égard, fort éclairante. Faisant une relecture critique de Freud et partant de l’analyse de plusieurs classiques de la littérature mondiale, Girard pense que le désir humain ne se fixerait pas selon une trajectoire linéaire (sujet-objet) mais par imitation du désir d’un autre selon un schéma triangulaire (sujet-modèle-objet). Dans cette hypothèse, il existe donc un troisième élément qui est le médiateur du désir, c’est l’autre. C’est parce que mon modèle désire un objet que je me mets à désirer celui-ci et l’objet ne possède de valeur que parce qu’il est désiré par mon modèle. Dans notre nouvelle, l’objet semble être la femme qui permet aux deux frères Nilsen d’entretenir des contacts physiques sans transgresser les interdits patriarcaux.
« L’intruse » s’ouvre sur l’épigraphe suivant : « II Rois 1 : 26 » (BORGES, 1971 : 50) [55]. Il s’agit d’une référence biblique qui, de fait, n’existe pas mais que Borges n’a jamais voulu corriger dans les différentes éditions de la nouvelle comme s’il voulait brouiller les pistes. Néanmoins, si dans le Livre des Rois aucune citation n’est rattachée à la référence fournie, il n’en est pas de même dans le Livre de Samuel (Ancien Testament, Second Livre de Samuel, chapitre 1, ligne 26) où la citation correspondante est fort intéressante dans la mesure où elle induit une interprétation homosexuelle (BRANT, en ligne). Voilà ce qui y est rapporté : « Je suis dans la douleur à cause de toi, Jonathan, mon frère ! Tu faisais tout mon plaisir. Ton amour pour moi était admirable au-dessus de l’amour des femmes » (Bible en ligne). Il s’agit de l’histoire du roi Saul qui, ayant désobéi à Dieu, perdit le trône d’Israël. Le royaume fut alors remis à David qui, dès lors, fut poursuivi par Saul. Or, David devint l’ami du fils de Saul, Jonathan. Finalement, Saul et son fils Jonathan moururent aux mains des Philistins et David composa un cantique dans lequel il pleure la mort de son ami. Cette citation in absentia semble faire écho à la latence homosexuelle de Cristián et Eduardo dans le texte de Borges.
Ces personnages sont deux vieux garçons qui ont toujours vécu et tout fait ensemble comme Phil Burbank et son frère dans Le pouvoir du chien. N’est-il pas dit que Cristián et Eduardo formaient tous deux « un bloc » ? Dans le roman de Savage, il est même fait allusion directement au vieux couple que constituent les deux frères [56]. Ceci étant, il convient de remarquer que le lien unissant Cristián et Eduardo provient de quelque chose « que nous ignorons » [57]. Or, cette allusion mystérieuse intervient juste avant la description de leurs habitudes sexuelles. Bien qu’ils soient traités de « coureurs » (BORGES, 1971 : 51) [58], le narrateur rapporte que « leurs aventures amoureuses avaient été jusqu’alors de celles qui se passent sous un portail ou dans une maison close » (BORGES, 1971 : 51) [59], autrement dit des histoires sans lendemain. Quand, un jour, Eduardo ramène une femme au ranch, la cohabitation échoue rapidement sans que l’on sache pourquoi [60]. De son côté, lorsque Cristián ramène Juliana Burgos, il apparaît clairement que ce n’est pas par amour. Juliana Burgos n’est jamais présentée comme une personne dont les frères seraient amoureux mais elle correspond plutôt, dans tous les sens du terme, à un objet dont usent les Nilsen. N’est-elle pas d’ailleurs une prostituée ? N’est-elle pas comparée à une bonne ou à une chose que l’on montre et exhibe en public [61] ? Pire, elle semble arriver, par ordre d’importance après les inconnus et les chiens [62]. Par ailleurs, Cristián dit à son frère qu’il peut « l’utiliser », les deux frères ne prononcent jamais son nom, la revendent comme un objet et se partagent l’argent de sa revente [63].
Si l’on suit la théorie girardienne, Juliana est une médiatrice. Elle est en fait celle par qui le désir homosexuel et incestueux (autre grand tabou) des deux frères va pouvoir se réaliser. Eduardo, en passant par le corps de Juliana désiré par Cristián, parvient au corps de ce dernier et vice-versa. C’est sous l’égide de Juliana que prend place le rapprochement masculin et la jeune femme va agir comme un réducteur d’angoisse. Sa présence autorise le rapprochement entre les deux hommes, elle est un doux catalyseur permettant une plus grande intimité masculine. De ce point de vue, il n’est pas étonnant que Juliana ait perdu toute caractéristique propre et humaine. Mais cette solution ne semble pas finalement satisfaire les deux frères entre lesquels la jalousie s’est installée de voir l’autre se compromettre avec Juliana.
La théorie girardienne me semble d’autant plus valable ici que Juliana va se convertir en victime émissaire des deux frères et de leur désir mutuel qualifié de « sordide union » (BORGES, 1971 : 52) et d’ « amours monstrueuses » (Borges, 1971 : 53) [64]. En effet, comme l’explique Girard, trouver une victime émissaire, c’est une façon de s’entendre à nouveau. Si se polariser sur un même objet d’appropriation, c’est inévitablement s'opposer (l’objet ne peut appartenir à tout le monde, de là la jalousie des Nilsen), en revanche, se polariser tous sur un même antagonisme, c’est-à-dire s’entendre pour tous exclure la même personne, rejeter tous le même objet, c’est s’entendre à nouveau. La première solution envisagée est celle de vendre Juliana dans un bordel mais cela n’apaise pas les sentiments de jalousie des deux frères dans la mesure où chacun, de son côté, continue de lui rendre visite. Un retour à l’entente complète des deux frères (voire à leur véritable union charnelle) requiert l’élimination physique de Juliana ce que fait Cristián à la fin de la nouvelle : « Je l’ai tuée aujourd’hui. On n’a qu’à la laisser là tout habillée. Elle ne fera plus de tort à personne. Ils s’embrassèrent en pleurant presque. Maintenant un lien de plus les unissait : la femme tristement sacrifiée qu’il leur fallait oublier » (BORGES, 1971 : 54-55) [65]. La mort de Juliana, c’est-à-dire la mort de l’intermédiaire, c’est aussi la seule façon pour les deux frères de réaliser complètement leur désir homoérotique. Comment comprendre autrement le titre de la nouvelle : « L’intruse » ?
Conclusion
« Les histoires d’amour finissent mal en général » dit la chanson. Encore faut-il parvenir à reconnaître que l’on est amoureux ou attiré par cet autre trop proche de soi. Parmi tous les personnages que nous avons rencontrés, peu franchissent le pas : Riobaldo excelle dans la description de ses sentiments mais jamais, malgré un désir évident, il ne passe à l’acte – si tel avait été le cas, il ne se serait certainement pas autant confié à son interlocuteur – ; à l’inverse, Phil Burbank est un handicapé des sentiments qui, dès sa jeunesse et la mort de l’être aimé, s’est reclus dans un déni tout masochiste. De leur côté, on ne sait pas si les frères Nilsen, trop conscients du double tabou que constitue leur désir mutuel (homosexualité et inceste), sont allés jusqu’au bout de leur passion après l’assassinat de Juliana. Seuls Ennis et Jack semblent être des exemples positifs de passion amoureuse homosexuelle. Mais à y regarder de plus près, leur amour n’est pas pour autant facile. La solution proposée par Jack (vivre ensemble dans un ranch), une solution qui a aussi effleuré l’esprit de Riobaldo après avoir appris l’existence de deux ex-jagunços établis ensemble [66], ne trouve pas grâce auprès d’Ennis, marqué par le meurtre de Earl. Tout ce qui unit les deux hommes, ce sont de courtes escapades dans la montagne et le souvenir de Brokeback Mountain, ce même souvenir qui, à la suite de la mort de Jack, émerge dans l’esprit d’Ennis face à la chemise retrouvée chez les parents du cow-boy [67] :
Ce que Jack gardait en mémoire et désirait désespérément, inexplicablement, retrouver, c’était ce moment, ce lointain été sur Brokeback Mountain où Ennis s’était approché par derrière et l’avait attiré contre lui, l’étreinte muette qui avait apaisé un désir chaste et partagé. Ils étaient restés ainsi pendant de longues minutes à contempler les flammes, le rougeoiement des fragments de lumière projetés par le feu, les ombres de leurs corps unies en une seule colonne se détachant sur la roche. Les minutes s’égrenaient au son de la montre ronde dans la poche d’Ennis, des branches qui se réduisaient peu à peu en braise. Les étoiles trouaient les vagues de chaleur au-dessus du foyer. La respiration d’Ennis était lente et paisible, il chantonnait, se balançait doucement dans la clarté incandescente et Jack, appuyé contre les battements réguliers de son cœur, laissant les vibrations du fredonnement le parcourir comme un faible courant électrique, s’était endormi debout d’un sommeil qui n’était pas un véritable sommeil mais un état d’hébétude, de transe, jusqu’à ce qu’Ennis, ressortant une vieille phrase inusable que sa mère utilisait dans son enfance […]. Plus tard, cette étreinte ensommeillée s’était cristallisée dans son souvenir comme l’unique moment de bonheur naturel, miraculeux de leurs vies séparées et difficiles. Rien n’était venu le gâcher, pas même la certitude qu’Ennis ne l’aurait pas étreint de face, ce jour-là, parce qu’il ne voulait pas savoir ni sentir que c’était lui, Jack, qu’il tenait ainsi. Et peut-être, pensait-il, n’étaient-ils jamais allés vraiment plus loin. C’était comme ça. C’était comme ça. (PROULX, 2006 : 76-77) [68]
Au final, ces quatre récits nous racontent tous la même histoire, celle de la répression insidieuse d’une société hostile à l’homosexualité qui pousse à se rendre invisible, à nier ses désirs et à demeurer un impuissant affectif. La lecture des dizaines de témoignages d’homosexuels recueillis par Will Fellows dans Farm Boys. Lives of Gay Men from the Rural Midwest est, à cet égard, particulièrement éclairante. On y découvre que la fiction rejoint bien la réalité mais qu’elle la dépasse rarement tant on est loin d’imaginer à quel point nos sociétés occidentales qui, somme toute, ont su évoluer sur la question de l’homosexualité ont pu brimer des individus. Elles continuent de le faire d’ailleurs et il serait illusoire de se voiler totalement la face quand bien même les simples droits de chacun commencent à être appliqués à tous. Les mentalités n’évoluent pas partout de la même façon et la ville, qui se présente parfois comme un refuge salvateur, n’est pas toujours à la hauteur des espérances qu’on y avait déposées. L’Amérique, comme les autres continents, n’est pas homogène et, s’il est plus facile aujourd’hui d’être homosexuel aux Etats-Unis, cela l’est moins au Brésil où de véritables « ratonades » anti-gays sont constamment recensées. Les situations décrites dans ces récits n’appartiennent donc pas au passé et, au contraire, se révèlent toujours d’une cruelle actualité. Il faut effectivement du temps pour que les mentalités changent mais ce temps perdu signifie autant de vies sacrifiées.
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Pour citer cet article: balutet, Nicolas (2007), « Expression et répression du désir homosexuel dans l’Amérique rurale (Borges, Guimarães Rosa, Savage, Proulx) », Lectures du genre nº 1 : Premières approches.
http://www.lecturesdugenre.fr/Lectures_du_genre_1/Balutet.html
